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La forêt européenne, un précieux "puits de carbone".
LE MONDE | 10.11.08 |

NANCY ENVOYÉE SPÉCIALE

Longtemps, elle a été une simple figurante : dans le protocole de Kyoto, qui régit, depuis 2005, la gouvernance internationale sur le climat, on ne la voit qu'à peine. Mais la forêt, dans la lutte contre le réchauffement, est en train de conquérir un rôle à sa mesure.

Pour la première fois, la protection des forêts tropicales a été prise en compte, en décembre 2007, à Bali, où les Nations unies établissaient la "feuille de route" de l'après-Kyoto. Le massif forestier européen, lui, vient de tenir la vedette d'une conférence organisée à Nancy, du 6 au 8 novembre, par la présidence française de l'Union européenne (UE), dans le cadre des négociations sur le climat. L'enjeu, cette fois, étant moins de protéger les forêts que de mieux les gérer, et d'exploiter au mieux leurs capacités à constituer un "puits" de carbone.

Car dans son ensemble, la forêt européenne se porte bien. Sa superficie (plus d'un milliard d'hectares, Russie comprise) s'est même accrue de 13 millions d'hectares - l'équivalent de la Grèce - au cours des quinze dernières années, du fait de l'extension des plantations et de son expansion naturelle sur d'anciens territoires agricoles.

Or le bois est constitué à 50 % de carbone. La forêt, par sa biomasse et plus encore par l'humus qui se forme dans son sol, constitue donc un piège naturel pour cet élément chimique. Un moyen de lutter contre les gaz à effet de serre qu'il ne faut pas négliger, les experts du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ayant rendu, en 2007, un rapport inquiétant sur la vitesse à laquelle progressent les émissions de dioxyde de carbone (CO2).

Comme tous les végétaux, la forêt, grâce à la photosynthèse, puise du carbone dans l'atmosphère, qu'elle lui restitue par la respiration, la décomposition ou la combustion de sa biomasse. Lorsque ces échanges sont inégaux, la forêt constitue soit une source de carbone (elle en relâche plus qu'elle n'en capte), soit, à l'inverse, un puits de carbone. C'est ce dernier cas qui prévaut en Europe, où l'on estime que le puits forestier compense environ 15 % des émissions de carbone fossile.

Mais pour combien de temps ? "Si l'idée du puits de carbone forestier s'est développée du fait de l'augmentation de productivité observée dans de nombreuses forêts d'Europe et d'Amérique du Nord, cette tendance ne doit pas faire oublier l'importance des événements extrêmes", tempère Jean-Luc Peyron, directeur du groupement d'intérêt public Ecofor. Il rappelle qu'à la suite de la canicule de 2003, la productivité primaire brute a été réduite de 30 % à l'échelle de l'Europe par rapport à 2002. Les conditions climatiques ont alors annulé, par leur ampleur, l'équivalent de "quatre années de puits". Un phénomène exceptionnel qui pourrait devenir plus fréquent dans le cadre du changement climatique, laissant augurer une moindre efficacité du puits forestier.

Cette probable évolution pourra-t-elle être compensée, voire davantage, par des mesures de gestion appropriées ? Impact des coupes d'arbres dans un peuplement portugais d'eucalyptus, évolution des massifs finlandais selon différents scénarios, amélioration des modèles de simulation de la croissance forestière : les exemples cités lors de la conférence de Nancy témoignent du dynamisme des recherches menées pour évaluer le rôle des formations boisées sur le cycle du carbone, dans les conditions climatiques actuelles et à venir.

Côté terrain, quelques initiatives apparaissent également. Ainsi celle de l'association France Forêts, qui met en place une trentaine de sites forestiers pilotes, afin d'offrir aux professionnels des exemples de gestion permettant d'améliorer le bilan carbone et d'optimiser l'utilisation du bois.

Pour l'heure, cependant, l'essentiel est ailleurs. Dans le protocole de Kyoto - dont les objectifs ne s'appliquent qu'à la période 2008-2012 -, les quelques paragraphes consacrés à la forêt sont le résultat d'une négociation ardue entre de multiples parties et intérêts, qui aboutit à des règles complexes et actuellement peu applicables. Les délégués des Etats membres de l'UE et des organisations internationales présents à Nancy en ont âprement discuté : pour préparer "l'après-2012" et mettre en oeuvre des projets concrets en matière de puits de carbone, il importe avant tout d'accélérer les négociations.

Catherine VincentArticle paru dans l'édition du 11.11.08.
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Le caribou du Groenland est menacé par le réchauffement climatique
LE MONDE | 05.05.08 |

Dans Une vérité qui dérange, le film d'Al Gore, prix Nobel de la paix pour son combat sur le réchauffement climatique, un oiseau, le gobe-mouche noir, tient un rôle particulier : aux Pays-Bas, on a constaté  que la population de ce migrateur déclinait, en raison d'une désynchronisation croissante entre l'éclosion de ses oeufs et l'abondance de certains insectes qui lui servent de pitance. Sur la côte ouest du Groenland, les hardes de rennes - dénommés là-bas caribous - pourraient souffrir d'un phénomène comparable.

Ces grands herbivores, qui survivent l'hiver grâce au lichen qu'ils trouvent sous la neige, mettent bas au printemps, à une époque où les plantes fourragères sont les plus nutritives. Or, ainsi que le décrivent le biologiste américain Eric Post (Penn State University) et son collègue danois Mads Forschammer (université d'Aarhus) dans un article à paraître en juillet dans la revue Philosophical Transactions B de la Royal Society britannique, la naissance des faons est de plus en plus décalée avec le pic de productivité des végétaux.

Depuis 1993, les deux chercheurs ont passé six étés arctiques à étudier les caribous de la région de Kangerlussuaq. Sur ce site, les températures de printemps se sont élevées en moyenne de 4,63 °C sur la même période. Entre 2002 et 2006, la date de floraison des végétaux a avancé de près de quinze jours, tandis que celle de la naissance des bébés caribous n'avançait que de 1,3 jour. Lorsque le décalage était à son plus haut niveau, la mortalité des faons était sept fois plus élevée que lorsque floraison et naissances étaient les mieux coordonnées. "En d'autres termes, les caribous ne doivent pas manquer de beaucoup la date de croissance des plantes pour en subir les conséquences en terme de reproduction, indique Eric Post. Cela se joue à quelques jours près. C'est assez remarquable."


CAPACITÉ D'ADAPTATION


Il reconnaît que la taille de l'échantillon ne permet pas de généraliser ces conclusions et que d'autres facteurs tels que maladies, parasitisme et compétition avec le boeuf musqué peuvent intervenir. Mais dans le contexte de réchauffement climatique, s'inquiète-t-il, le décalage observé au Groenland pourrait encore s'accentuer.

Une note optimiste, cependant, sur la capacité d'adaptation de l'animal : des rennes introduits sur une île proche de l'Antarctique, la Géorgie du Sud, ont certes perdu leur petit la première année. 
Mais l'espèce s'est ensuite adaptée à l'inversion du cycle des saisons dans l'hémisphère sud.

Hervé Morin
Article paru dans l'édition du 06.05.08.

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